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_____Le lendemain, aux alentours de midi, un jeune homme se réveillait bien tranquillement. Il ouvrit difficilement les yeux, les rayons de soleil présents dans sa chambre ne l'aidant pas dans sa tâche ardue. Il posa lascivement un bras sur son visage pour s'en cacher tout en poussant un petit soupir de satisfaction. Il était tellement bien, il n'avait aucunement envie de se lever. Il voulait paresser encore et encore. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas aussi bien dormi. Il s'étira longuement, faisant craquer les os de son dos. Il passa lentement une main dans ses cheveux châtains, se les ébouriffant légèrement comme si cela pouvait l'aider à se réveiller. Il finit par s'asseoir, se massant distraitement une épaule endolorie. Il mit quelques minutes à comprendre où il se trouvait. Il était dans sa chambre, dans son lit. Il ne se souvenait pas y être allé. Fouillant péniblement dans sa mémoire, il se souvint qu'il était rentré chez lui après le voyage scolaire, qu'il s'était posé sur le canapé et puis... plus rien. Le trou noir par excellence. Mais comment était-il arrivé jusqu'ici ? Il se le demandait, sans succès. Il avait visiblement beaucoup de mal à réfléchir.
- Ca va ? demanda une voix à côté de lui.
Yûya sursauta, il ne fallait pas le surprendre alors qu'il venait de se réveiller ! Il tourna la tête vers la source de cette question et vit son grand frère, étalé de tout son long à côté de lui, dans son lit, sous ses couvertures. Le plus jeune plissa les yeux avec incompréhension avant de se gratter l'arrière du crâne, l'air totalement perdu. Qu'est-ce que lui aussi faisait là ? Yûya avait la désagréable impression qu'il avait raté un épisode important de sa propre vie. Il fronça légèrement les sourcils avant de s'affaler de nouveau sur son matelas.
- Qu'est-ce que tu fais là ? grommela-t-il, visiblement peu enclin à avoir une grande discussion.
- J'ai laissé ma chambre à nos nouveaux compagnons, geignit Ryo.
Yûya ne réalisa que quelques secondes plus tard ce que venait de dire son frère. Il écarquilla les yeux avant de se relever aussitôt, l'air soudainement réveillé.
- He !? Ils sont arrivés ?
Ryo le toisa un bon moment, désespéré par la mémoire si courte de son cadet. Il soupira longuement tout en s'étirant. Il n'était vraiment pas enchanté de laisser sa chambre et le faisait comprendre de par son attitude. Il bailla en se frottant mollement un oeil de son poing. Il hocha la tête en guise de réponse. Yûya parut surpris, il ne s'en souvenait vraiment pas. Il ouvrit la bouche, prêt à poser une question qui lui brûlait les lèvres mais son frère le devança :
- Ne me demande pas comment ils sont. Si tu veux les voir, tu descends dans le salon .
Yûya ferma doucement la bouche avant d'arborer une mine boudeuse. Son aîné avait lu dans ses pensées, et il n'aimait vraiment pas ça. Malgré qu'il en avait l'habitude, il se sentait frustré à chaque fois que Ryo s'amusait à le faire. Le pire étant que, quand il commençait, il ne s'arrêtait plus. Il ouvrit une nouvelle fois la bouche, voulant poser une autre question mais encore une fois, il se fit couper :
- Oui, je sais. Tu te demandes comment tu es arrivé jusqu'ici. Tu t'es endormi sur le canapé hier soir, alors je t'ai porté jusque dans ta chambre. D'ailleurs, t'aurais pas pris du poids ?
Le plus jeune parut contrarié. Son frère venait de recommencer à lire en lui, et ça commençait sérieusement à le mettre en rogne. Il avait parfois l'impression qu'ils partageaient un esprit pour deux. Il fronça encore une fois les sourcils, décidément, il ne faisait que cela. Il tapa rageusement de son poing sur le torse découvert de Ryo avant de se lever et de quitter sa chambre sans omettre de glisser un « t'es chiant ! » sous le rire moqueur dudit chiant. Il dévala les escaliers à toute vitesse. Arrivé en bas, il se rendit compte qu'il n'avait sur lui qu'un vulgaire boxer noir. Son frère l'avait aussi déshabillé ? Il retint un sourire, décidément, Ryo était toujours le même : toujours à prendre soin de lui. Il ne l'avouerait pour rien au monde, mais il aimait ça, que son aîné s'occupe aussi bien de lui. Il se dirigea vers le salon avant de se figer brusquement. Il allait sûrement choquer sa nouvelle famille avec sa presque-nudité. Après quelques secondes de réflexion intense, il haussa une épaule. Tant pis pour eux, ils finiraient bien par s'habituer. Il n'allait pas changer son quotidien pour eux. Lorsqu'il arriva dans la salle de séjour, il y vit une jeune fille attablée, en train de déjeuner calmement. Il s'avança prudemment jusqu'à la table avant de s'asseoir en face de la fille. Elle paraissait plus jeune que lui d'au moins trois ou quatre années. Elle leva la tête de son assiette.
- Salut, lui lança-t-elle dans un sourire.
Elle était plutôt jolie avec ses fines lèvres étirées. Ses grands yeux noirs qui le fixaient avaient quelque chose d'envoûtant, il était facile de s'y perdre. Elle respirait l'innocence et la joie de vivre avec sa peau si pâle et ses longs cheveux noirs qui lui retombaient gracieusement sur les épaules. Elle paraissait tellement gentille.
- Je suis Rina, continua-t-elle.
- Et moi Yûya.
- Je sais, tu t'es endormi sur le canapé hier soir, répondit-elle dans un petit rire.
Yûya resta subjugué devant tant de grâce. Elle avait un petit quelque chose qui donnait envie de s'intéresser à elle. Elle plissa simplement les yeux avant de se remettre à déjeuner tranquillement. Tegoshi allait lui demander quel âge elle avait, lorsqu'un énorme bruit provenant de la cuisine suivit d'un juron se firent entendre. Un jeune homme entra dans le salon, l'air énervé. Il était certainement la source de ce bruit. Yûya tourna son regard vers lui. Il était... magnifique. Ils se fixèrent, aucun des deux n'osant bouger. Le plus âgé était immobile à l'entrée de la salle, alors que Tegoshi était littéralement pétrifié sur sa chaise. Ce dernier laissa ses yeux vagabonder sur le corps parfait qui lui faisait face, imaginant cette superbe musculature sous ce T-shirt blanc. Son coeur rata un battement lorsqu'il vit ces deux prunelles ébènes le dévisager, semblant l'analyser jusqu'au plus profond de son âme. Il se mordit la lèvre inférieure alors qu'il pensait à la douceur qu'avait sûrement sa peau dorée. Ses cheveux noirs, légèrement frisés, semblait tellement soyeux, il dut retenir cette furieuse envie qu'était d'y passer sa main et de les caresser, lentement. Il fixa ses lèvres parfaitement dessinées sur lesquelles passa sensuellement une langue taquine, semblant attiser tout le désire qu'il pouvait ressentir. Il déglutit difficilement en pensant qu'il aurait aimé rencontrer doucement cette bouche de la sienne.
- Tu as cassé quelque chose, dans la cuisine ? demanda Rina à son frère qui venait d'entrer dans le salon.
Les deux garçons semblèrent sortir immédiatement de leur torpeur. Ils avaient cru être seuls. Pendant quelques instants, le temps s'était arrêté, le monde autour d'eux avait cessé d'exister. Pendant quelques instants, Tomohisa avait oublié la vengeance qu'il devait accomplir en voyant devant lui ce magnifique visage. Lorsqu'il avait vu ces yeux sombres et perçants le détaillé, il s'était senti défaillir. Il avait alors dévié son regard jusqu'à ce grain de beauté juste au dessus de ses fines lèvres rosées. A cette vision, son coeur s'était emballé sans qu'il n'en comprenne l'exacte raison. Il avait continué son observation sans s'en rendre compte, suivant lentement le chemin de son long cou, passant par ses clavicules mises naturellement en valeur, jusqu'à son torse dénudé. Il avait eu envie de l'y caresser avant que la voix doucereuse de sa petite soeur ne résonne à ses oreilles, le sortant irrémédiablement de sa transe.
- Une assiette, répondit-il simplement, reprenant un minimum de contrôle sur lui-même.
Il s'avança jusqu'à la table et s'assit à côté de sa frangine. Il posa ses coudes devant lui et se massa lentement le cou. Yûya le regardait faire attentivement, semblant mémoriser chacun de ses gestes. Il était assez réveillé pour comprendre que le jeune homme en face de lui n'était autre que son nouveau demi-frère. Bien qu'il n'aimait pas trop parler aux gens qu'il ne connaissait pas, il se dit qu'il devait faire un effort : ils allaient tout de même faire partie de la même famille. Il prit son courage à deux mains, il souhaitait vraiment être en bonne entente avec eux. Peut-être même plus particulièrement avec ce mystérieux garçon, mais ça, il ne pouvait décemment pas se l'avouer.
- Je suis Yûya, dit-il dans un grand sourire à l'adresse de l'objet de ses pensées.
- Sont où les vieux ? l'ignora royalement ce dernier, posant cette question à Rina.
Tegoshi écarquilla les yeux avant de les baisser, blessé de s'être fait ignorer de la sorte. Il ne comprenait pas. Il avait fait quelque chose de mal ? Il ne pensait pas, il n'avait fait que se présenter. A l'accoutumée, c'était lui qui ignorait les gens sans raison. Pas l'inverse. Il serra les dents, il ne comptait pas se laisser faire. Il s'apprêtait à répliquer lorsqu'une voix dans son dos le coupa dans son élan.
- On va vivre sous le même toit. Fais un effort, Yamashita.
Cette phrase avait été dite sèchement, prononcée par personne d'autre que Nishikido. A la fin de celle-ci, il avait déposé ses mains sur les frêles épaules de son cadet, le faisant sursauter. Ce dernier s'était retourné vers lui et avait immédiatement remarqué que lui, avait pris la peine de s'habiller d'au moins un vulgaire jean délavé et déchiré ainsi que d'un simple t-shirt Nirvana, son groupe de musique préféré. Yamapi et Ryo se dévisageaient l'un l'autre d'un regard profondément noir, tous deux semblant attendre que l'autre lâche l'affaire et baisse les yeux. Cela dura quelques minutes pendant lesquelles Rina et Yûya se firent plus que discrets. Yamashita sembla craquer le premier. Il tourna violemment la tête vers Tegoshi avant de s'adresser à lui :
- Tomohisa, dix-neuf ans, première année de FAC. Content, l'avorton ? dit-il sèchement.
Yûya hocha timidement la tête, il n'avait pas l'air très commode. Si cette réponse suffisait à son cadet, il n'en était pas de même pour Ryo. De quel droit se permettait-il de parler à son petit frère sur ce ton ? Après tout, c'était lui que Yamashita détestait, cela n'avait rien à voir avec Yûya. Il allait le regretter, on ne s'en prenait pas à son protégé sans raison. Il serra fermement les poings avant de les cogner fortement sur la table, fixant son ennemi juré droit dans les yeux.
- J'te permets pas de lui parler comme ça ! T'es tellement faible que tu dois t'en prendre à plus petit que toi, c'est ça !? hurla presque Ryo, hors de lui.
Tegoshi resta interdit plusieurs secondes. Il n'avait jamais vu son frère s'emporter aussi vite. Tel qu'il le connaissait, s'il ne faisait rien pour l'arrêter, cela allait mal finir, très mal finir. Yamapi se leva doucement de sa chaise, pas intimidé pour un sou, renvoyant son regard à Ryo. Yûya sentit un frisson lui parcourir l'échine. Il jeta brièvement un coup d'oeil à Rina, elle paraissait aussi inquiète que lui. Il reporta son attention sur son frère. Son visage était plus froid que jamais, seules ses prunelles sombres semblaient trahir la haine et la colère qui le submergeaient. Une goutte de sueur dévala une des tempes de Yûya. La tension qui régnait dans la pièce était presque palpable, cela en devenait étouffant. Soudainement, la porte d'entrée de la maison claqua, leurs parents arrivèrent, tout sourire.
- Vous faites connaissance ? demanda Naomi, excitée à l'idée que la famille commençait peu à peu à prendre forme.
Tous la regardèrent longuement, semblant se demander si elle ne venait pas d'une autre planète. L'atmosphère tendue qui était présente jusque là était telle, que même Hiroshi, le père de Ryo et Yûya semblait l'avoir remarquée. Il ne dit pourtant rien, il savait qu'à cet âge, il était difficile de subir un changement de quotidien aussi radical. Il préféra rester en dehors de cela, sachant pertinemment que les jeunes sauraient s'adapter avec le temps. Il s'apprêta à prendre la main de sa future épouse pour l'emmener plus loin, lorsque celle-ci prit la parole :
- Ce soir on fait un dîner en famille, d'accord ? Pas de sortie je ne sais où, ce soir, on va au restaurant ! Je veux que tout soit parfait ! Faites-vous présentables !
Personne n'ajouta quoi que ce soit. Ryo préféra se retirer de la pièce, ne voulant pas massacrer cette pauvre femme qui se permettait de lui donner des ordres. Il regagna la chambre de Yûya, vite suivit par ce dernier. Ils y restèrent tout l'après-midi, discutant principalement de ce qu'ils avaient fait lors de l'absence du plus jeune, pendant son voyage scolaire. Cela avait eu le don d'apaiser la colère de Nishikido. De son côté, Tomohisa était sorti deux ou trois heures voir des amis avant de lui aussi rentrer et s'enfermer dans la chambre qu'il occupait provisoirement. Il s'était littéralement affalé sur le lit, avait mis les écouteurs de son iPod à fond, se laissant entraîner par des rythmes mélancoliques. Il avait fumé cigarette sur cigarette, ce qui n'était pas dans son habitude. Lorsqu'il était seul, il s'en grillait une de temps en temps, mais jamais autant d'un coup. Il ne supportait pas cette nouvelle famille. Il avait envie de prendre ses jambes à son cou et de fuir loin d'ici, mais il n'en avait pas le droit. Il s'était juré de se venger. Lorsque, quelques heures plus tôt, Ryo et lui s'était affronté du regard, bien qu'il était resté d'apparence calme, il avait senti son coeur le tiraillé dans sa poitrine. Bien qu'il le souhaitait plus que tout, il n'arrivait pas à le haïr autant qu'il le laissait paraître. Bien-sûr, il lui en voulait, il voulait se venger, il le détestait, mais au fond de lui, il savait que cette haine n'était rien de plus qu'une carapace. Il ne faisait que se protéger. Quant à la petite dernière, Rina, elle avait regardé les rediffusions de son drama préféré à la télévision.
Le soir arriva bien trop vite aux yeux de tous ces jeunes gens. Ils devaient tous se faire beaux et présentables, ce qui ennuyait profondément Ryo. Mais une fois de plus, il ne voulait pas gâcher le bonheur de son père à qui il devait tant. Il fit donc un effort, il aurait préféré sortir boire un verre avec Keii-Chan, son ami de toujours. Après avoir pris sa douche, il s'habilla convenablement pour l'occasion d'un pantalon en coupe droite, d'une veste habillé sous laquelle se trouvait un t-shirt simple. Il était complètement vêtu de noir. Cela lui donnait une certaine classe, un certain charme. Il semblait mystérieux, ténébreux. Quand il revint dans la chambre, il vit Yûya qui était de dos à lui, enfiler son jean avec empressement. Lorsque ce dernier se retourna enfin, il ne put retenir un rire moqueur de s'échapper de sa bouche entrouverte : son cadet avait mal boutonné sa chemise noire. Il s'approcha alors doucement de lui, l'attrapa par le col et fit descendre ses mains jusqu'aux boutons. Il les dégrafa un à un, lentement, caressant malgré lui le torse tremblotant de son vis-à-vis. Yûya semblait comme figé, seuls ses yeux suivaient avec attention chacun des gestes de son aîné. Il ne put empêcher quelques frissons de lui parcourir l'échine alors que son frère reboutonnait correctement son habit Une fois cela fait, il le lâcha et partit fouiller dans l'armoire de Tegoshi. Il ne revint vers lui qu'une bonne minute après, lui tendant une veste de même couleur que sa chemise. Yûya ne se fit pas prier, il prit le vêtement et l'enfila, remerciant son frère. Ce dernier l'attrapa par les épaules et le mit face à lui. Il laissa vagabonder son regard sur tout le long de son corps.
- T'es parfait, lâcha-t-il subitement.
Seul l'immense sourire de son cadet lui répondit. Ils descendirent ensuite dans le salon, tout le monde était apparemment prêt à partir. Ils remarquèrent qu'ils n'étaient pas les seuls à avoir fait des efforts vestimentaires, les Yamashita aussi étaient plutôt bien habillés. Rina portait une tunique blanche, ample, qui lui arrivait juste au dessus des genoux avec en guise de bas un legging noir arrivant à mi-mollets, le tout complété par des ballerines de même couleur que son haut. Yamapi avait opté pour le simple : un jean mi-large bleu clair ainsi qu'un long gilet et un simple t-shirt, tous deux blancs.
- La voiture est trop petite pour nous six, commença Hiroshi. Donc pour le trajet jusqu'au restaurant, Rina tu monteras devant, entre les jambes de ta mère.
La plus jeune acquiesça d'un hochement de tête. Ryo et Yûya se regardèrent d'un air grave, ils allaient donc être trois à l'arrière de la voiture. Qui disait trois, disait obligatoirement que quelqu'un devrait monter au milieu et les deux frères détestaient cette place. D'un coup, sans que personne n'en comprenne la raison, ils se mirent à courir en direction de la voiture, riant aux éclats. Le dernier arrivé se verrait attribuer la place maudite. Le cadet menait la course mais lorsqu'il arriva devant la porte d'entrée, Ryo se jeta à terre en hurlant un « GUETAPAN ! », puis attrapa Yûya aux chevilles qui perdit l'équilibre et s'écroula lamentablement en plein sur l'armoire à chaussures. Le plus vieux se releva rapidement et continua son chemin en trottinant. Il arriva bien évidemment premier. Quand Tegoshi vint le rejoindre, le brun était plié de rire en se tenant les côtes, obligé de s'adosser au véhicule pour ne pas s'effondrer au sol. Il était plus que fier de ce qu'il venait de réaliser et son rire redoubla d'intensité lorsqu'il vit la mine renfrognée du plus jeune.
- C'est pas drôle ! T'as triché, ça compte pas ! protesta Yûya.
- Tous les coups sont permis ! Accepte ta défaite ! répondit Ryo entre deux éclats de rire.
Le reste de la famille sortit de la maison, se dirigeant vers eux.
- Mais ! Et pourquoi ce serait moi au milieu ? Pourquoi ce serait pas lui ? demanda Tegoshi en désignant Yamapi du menton.
Nishikido sembla soudainement se rappeler de quelque chose. Certes il avait gagné la course, certes il ne devait pas se mettre au milieu alors que Tegoshi, si. Là était justement le problème. S'il était au milieu, cela voulait dire qu'il était entre deux personnes. Jusque là aucun souci. Seulement, lorsque l'une de ces personnes s'appelait Tomohisa, là, il y avait un problème. Bien-sûr ce n'était que l'espace d'une heure, le temps qu'ils arrivent au restaurant que Naomi avait choisi, mais rien qu'en pensant à l'idée que Yamashita ne s'approche de son petit frère, il ne pouvait s'empêcher de se mettre en colère. Il tenta tant bien que mal de chasser ces pensées dérangeantes de sa tête alors qu'il ouvrait la portière de la voiture pour laisser passer son cadet qui prit place sur son siège, au milieu. Il s'installa à sa droite, Yamapi à sa gauche. Un voyage, ce n'était qu'un voyage. Il ne pouvait rien se passer.
Au bout de cinq minutes de route et pendant tout le reste du trajet, Yûya ne cessa de se plaindre : il n'avait pas assez de place, il avait trop chaud, sa jambe le démangeait, il avait mal aux fesses, etc, etc... Bien que Yamapi semblait perdu dans ses pensées, il écoutait en fait attentivement les nombreuses plaintes de l'énergumène assit à côté de lui. Plus ça allait, plus la tentation qu'était de le jeter par dessus bord s'imposait dans son esprit. Il regrettait amèrement de ne plus avoir de batterie sur son iPod. Rina et sa mère étaient en grande conversation sur la mode, ne se souciant pas le moins du monde de ce qui se passait derrière elles. Ryo s'amusait à enrager son frère, lui chatouillant gentiment les côtes. Alors en plus de geindre à tout va, Tegoshi gesticulait dans tous les sens. Tomohisa semblait au bord du suicide lorsque la voiture s'arrêta enfin. Il se rua presque à l'extérieur avec une impatience non dissimulée : il n'aurait pas supporté de rester une seconde de plus. Il fit rapidement le tour de la voiture et aida sa petite soeur qui était coincée à l'avant, entre les jambes de sa mère, à sortir.
Ils entrèrent tous dans le restaurant. Une serveuse vint leur attribuer une table pour six, dans le fond de la salle. La décoration était chaleureuse, les murs peints de couleurs vives et la lumière tamisée. Tout cela donnait une ambiance intime, presque romantique. Yûya remarqua que c'était plus un restaurant pour les couples que pour une famille. Il se dit que ce n'était finalement pas plus mal, qu'ils seraient au calme.
Le début du repas se passa sans encombre particulière. Hiroshi et Naomi parlaient des derniers préparatifs du mariage qui arrivait à grand pas. Ils étaient absorbés par leur discussion, tellement qu'ils ne remarquèrent pas le léger froid qui régnait du côté des jeunes. La future épouse enchaînait les verres de champagne sans vraiment s'en rendre compte. Nishikido et Tomohisa se dévisageaient silencieusement, les yeux dans les yeux, ils semblaient ne jurer que par la haine. Rina et Tegoshi n'y faisaient pas spécialement attention, préférant parler de séries télévisées. Ils s'étaient découverts un point commun : ils étaient tous les deux des fans inconsidérés de Nagase Tomoya, célèbre acteur qui faisait aussi partie d'un groupe musical. Lorsqu'un serveur vint reprendre leurs assiettes vides, il leur dit qu'ils devraient patienter un peu pour les desserts, qu'ils n'étaient pas encore prêts.
- Les garçons, commença Hiroshi en s'adressant aux plus âgés. Si vous voulez fumer, c'est maintenant.
Yamapi et Ryo ne se firent pas priés, ils se levèrent et se dirigèrent vers la terrasse. Yûya suivit d'un regard noir son frère qui s'éloignait. Il n'aimait pas que son aîné fume, il ne supportait pas l'idée qu'il puisse un jour le perdre à cause de cela. Il ne dit pourtant rien, gardant la colère qui prenait place dans son esprit, en lui.
- Maman, protesta Rina. Nii-san n'a pas le droit de fumer, il est encore mineur !
- Je sais, mais s'il veut se bousiller la santé ce n'est pas mon problème, répondit Naomi en se servant un nouveau verre de champagne.
Tegoshi resta indigné par cette réponse. Cette femme était-elle vraiment une mère ? Il commençait fortement à en douter. Comment pouvait-elle se ficher de la santé de son propre fils ? C'était inhumain. Il en vint à se demander si sa défunte mère aurait répondu la même chose que cette femme. Certainement pas, sa mère à lui avait été une personne qui prenait autrefois très soin des autres. Elle n'avait pas été médecin pour rien. Il baissa la tête en pensant à ce métier, c'était à cause de ce métier qu'elle n'était désormais plus là. Il serra les poings sous la table en se souvenant des conditions tragiques dans lesquelles elle était décédée. Une boule se forma dans sa gorge alors que ses yeux s'humidifièrent peu à peu. Il n'avait jamais pu accepter cette mort prématurée. La douleur n'était jamais partie, ne serait-ce qu'un peu.
Pendant ce temps là, sur la terrasse, Ryo observait distraitement Yamashita à quelques mètres de lui. Cela faisait bien deux ou trois minutes qu'il le fixait sans sourciller, portant instinctivement sa cigarette à sa bouche. Tomohisa était appuyé nonchalamment sur la rambarde, l'air pensif. Nishikido détailla son visage éclairé par la faible lumière qu'émettait la lune. Il ne savait pas si c'était la magie de la nuit qui le faisait penser cela, mais il le trouva sublime. Bien qu'il le détestait, il ne put s'empêcher de le trouver magnifique avec cette expression mélancolique qui le suivait partout. Il déglutit difficilement, il lui avait volé son sourire. Un voile de tristesse passa dans ses yeux lorsque le passé lui revint en mémoire, tous ces moments heureux qu'ils avaient passés ensemble.
- Comment est-ce qu'on a pu en arriver là ? murmura-t-il pour lui-même.
Malheureusement pour lui, Yamapi l'entendit. Il parut d'abord surpris, Ryo lui avait adressé la parole sans une once d'hostilité. Du moins, c'est ce qu'il pensait, ne se doutant pas que Nishikido s'était en fait parlé à lui-même. Une colère sourde le prit soudain aux tripes, il osait poser cette question ?
- C'est de ta faute, répondit-il froidement, l'amertume trahissant tout de même sa voix.
- Ma faute, répéta machinalement Ryo. Ma faute...
Ne pouvant en entendre plus, Yamapi écrasa violemment la cigarette qu'il venait à peine d'entamer avant de quitter la terrasse, regagnant sa place à table. Ryo resta figé quelques instants. Bien qu'il haïssait profondément Tomohisa, ce qu'il venait de dire l'avait blessé. Il ne comprenait vraiment pas pourquoi, après tout, il ne pouvait pas le voir en photo. Il soupira faiblement, sa clope était finie. Il partit donc rejoindre sa famille. Seulement, lorsqu'il arriva, il vit directement que quelque chose n'allait pas avec son cadet. Il s'assit à côté de lui et passa doucement un bras protecteur autour de ses épaules. Il remonta sa main jusque dans ses cheveux châtain et d'une petite pression, fit basculer sa tête dans son cou. Yûya y cacha son visage avant d'agripper de ses frêles mains le t-shirt de son aîné. .
- Qu'est-ce que tu as ? chuchota Ryo à son oreille.
Seul un sanglot retenu depuis trop longtemps lui répondit. Il serra les poings. Lorsqu'il sentit une larme de Tegoshi glisser le long de sa propre peau, son coeur se serra fortement dans sa poitrine. Il remarqua les regards pesants que leur lançait le reste de la famille, ainsi que ceux choqués de quelques autres personnes présentes dans la salle. Il attrapa le plus jeune par le poignet et le tira à sa suite vers la sortie, faisant au passage signe à son père qu'ils revenaient bientôt. Dès qu'ils eurent passé la porte, Yûya se jeta littéralement dans les bras du plus vieux, s'accrochant à lui comme il l'aurait fait avec une bouée de sauvetage. Il laissa alors aller toutes les larmes qu'il retenait depuis que son aîné était parti fumer, dix minutes plus tôt.
- Pourquoi tu pleures, Yûya ? s'inquiéta Nishikido. Dis-le moi, s'il te plaît...
- Maman, souffla faiblement le plus jeune entre deux sanglots.
Il lui expliqua tant bien que mal ce qui l'avait mis dans cet état. Il lui raconta que cette horrible femme qui allait épouser leur père avait dit une phrase qui lui avait fait penser à leur mère. Ryo savait pertinemment que son frère n'avait jamais pu accepter la tragique mort de leur mère. Il le savait vulnérable et sensible lorsque ce sujet était mis sur le tapis. Il le prit fermement dans ses bras, lui murmurant qu'il était là pour lui, qu'il le serait toujours. Il le réconforta comme il le put. Quand Ryo revint dans le restaurant, il était seul. Yûya l'avait supplié pour qu'il le laisse un peu seul, pour qu'il puisse se calmer. Il s'assit à sa place, expliquant brièvement que Tegoshi se sentait mal et qu'il attendait dans la voiture. Un silence s'en suivit, vite brisé par Naomi :
- Toi et ton frère êtes proches, ne ? C'est bien pour vous, mais évitez les démonstrations publiques. Vous me faites honte, les gens autour ont cru que vous étiez un couple. Un couple ! Ah ! Je déteste ces sales gays ! déclara-t-elle avec une voix qui déraillait à cause de tout l'alcool qu'elle avait ingurgité.
Après cela, un silence encore plus pesant que le précédant s'installa. Ryo la fixa quelques instants avant de baisser les yeux. Il ne savait pas s'il était blessé parce qu'elle avait sous-entendu que son frère et lui étaient trop proches ou parce qu'elle avait carrément avoué détester les homosexuels. Ou peut-être même pour les deux. Il sentit sur lui le regard de Tomohisa, mais il ne savait comment l'interpréter. Il ne dit plus rien du repas, ne toucha pas non plus à son dessert. Lorsqu'ils revinrent tous à la voiture, il était presque minuit et Yûya dormait déjà. Nishikido monta au milieu, son cadet ayant pris la place de droite. Yamapi s'assit à gauche, de toute façon, il n'avait pas vraiment le choix. Au bout de vingt minutes de route passées dans le silence, Yûya se réveilla. Il demanda timidement à son père s'il pouvait s'arrêter, qu'il ne se sentait pas très bien. Son père accepta et quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent une station service ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Rina, Naomi et Ryo dormaient profondément. Il ne put retenir un faible sourire de se former sur ses lèvres alors qu'il observait son frère.
- Je vais aux toilettes, annonça-t-il.
- N'y vas pas seul, répondit Hiroshi. Tomohisa, vas avec lui s'il te plaît. On se sait pas ce qui peut se passer à cette heure-ci.
Yamashita ne dit rien et se contenta de sortir de la voiture en même temps que Yûya. Ils se dirigèrent vers la bâtisse qui était tout de même assez loin. Yamapi aurait pu saisir le fait qu'ils ne soient que tous les deux pour lui faire du mal, pour commencer à se venger. Mais il n'en fit rien. Il n'était pas ce genre de personne. Il ne profitait pas d'un moment de faiblesse chez son ennemi pour atteindre ses objectifs.
- Tu peux retourner dans la voiture si tu veux, ça ne me dérange pas, dit Tegoshi.
Yamashita le toisa quelques secondes du regard mais ne répondit rien, continuant simplement marcher. A côté de lui, le plus jeune tremblait. Il avait froid, il était gelé. Yamapi le remarqua et, sans savoir pourquoi, il se défit de son gilet avant de le tendre à Yûya. Il ne savait pas pourquoi il avait fait cela, mais lorsque le cadet le prit et l'enfila il ne put se retenir de sourire. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas souri sincèrement.
- Merci, le remercia Tegoshi avec un immense sourire.
Il ne répondit rien alors que son coeur avait raté un battement. Il ne savait pas ce qui se passait, il ne contrôlait plus la situation. Il déglutit difficilement. C'était la fatigue, oui, rien de plus que la fatigue, se persuada-t-il. Dès demain, il devait commencer à se venger. Oui, tout allait commencer demain.
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Uwah ! Fini ! Et dans les temps en plus ! XD
Bon, je sais : il ne se passe pas grand chose. Mais tout se met en place, ne ? Je suis sûre que vous vous dites : " C'est quoi c'délire ? Ca part dans tous les sens ! Ça part en TegoRyo, après en RyoPi et après en TegoPi ? O_o Mais WTF ? " XD A peu de choses près, ne ? xD Ben... ouais. C'est fait exprès MWAHAHAHAHA ( j'aime le sadisme ^___^ )
Alors, vous avez une idée du pourquoi du comment de la haine entre Yamapi et Ryo ? Kukuku Et pis vous voyez, Pi n'est pas si méchant que ça ! NAH ! ( Je l'aime mon Pi T_T ) Mais l'histoire ne fait que commencer =P
Ce chapitre est essentiellement fait pour que vous en appreniez un peu plus sur chaque personnage. ( J'vous vois venir : "Naomi c'est une sal*pe !" XD )
J'espère que vous avez aimé, dites moi ce que vous en pensez, s'il vous plaît. =)
Tsu'.
PS : Je ne sais pas quand je posterai le prochain chapitre, j'espère qu'il sera prêt pour dimanche, mais je promets rien !